Kervahut,
Plonéour-Lanvern
L’artiste plasticienne, cinéaste et photographe Caroline Duchatelet a effectué deux temps de résidence à Kervahut pour mener des recherches photographiques autour du paysage bigouden.
Prises à l’aube en écho avec ses champs d’investigation habituels, ses clichés devraient fournir matière à différentes explorations formelles.
Premier temps : 24 octobre – 6 novembre 2024.
Deuxième temps : 9 au 23 janvier 2026.
Premier temps :
» Départ le matin des quartiers nord de Marseille, agités, nerveux, sous une lumière coupante, balayés par un vent fort. Bel accueil à la gare de Quimper, arrivée le soir à Kervahut, la campagne est obscure et immobile. Au sortir de la voiture, ce calme soudain, l’odeur d’humus. Les feuilles mortes adoucissent les pas. Un silence de campagne, dense. Je découvre la dépendance aménagée, confortable, qui sera mon logement, ouvrant par de grandes fenêtres sur le jardin et plus loin, un étang.
Cette invitation de résidence est arrivée à un point de questionnement dans ma pratique artistique. Après plus de 10 ans à filmer l’aube, je me sens prisonnière des outils et des gestes qui se sont doucement installés : j’éprouve le vif besoin de renouveler ma pratique.
Si Laurent Fiévet connait et soutient mon travail vidéo depuis ses tous débuts, il accueille mes questionnements de façon ouverte et généreuse, sans m’imposer de production, de rendu, de résultat. Cette résidence est devenue un espace libre d’expérimentation, sans contrainte de réalisation. C’est un espace et un temps de disponibilité rares, dans des conditions exceptionnelles.
Le second jour, j’entre dans le rythme des aubes. Comment partager ce moment merveilleux, ténu, toujours unique, de la sortie de la nuit, des bords du jour ? Comment raconter l’aube, cet ensemble de sensations, émotions, sentiments et lumières mélé.es – cette expérience condensée du temps devenu palpable, son épaisseur ?
Je commence par approfondir un geste photographique que j’explore depuis quelques temps, les regards-respirations. Immergée dans l’obscurité du paysage, ne voyant pas bien, j’essaie d’accorder des rythmes : celui du geste qui enregistre avec ceux du dehors. Le mouvement qui s’imprime pendant le temps de pause, dont la mesure est une inspire ou une expire, est comme celui d’un pinceau – s’y accordent lumière, respiration et geste.
Lors de cette résidence, j’ai rencontré Kevin Laplaige, paysagiste également en résidence. Il est là depuis plus longtemps et a déjà réalisé une observation attentive et poétique du site, de ses arbres et plantations existantes, de sa vie végétale. Cette rencontre a été source d’inspiration. J’ai ainsi exploré trois pistes-paysages lors de ce premier séjour : les arbres, l’océan, les incandescences du matin (au surgissement du soleil). Toutes ne donneront peut-être pas mais cette première récolte a été abondante en terme de réflexion et d’images.
La liberté et la disponibilité offerte par ce premier temps de résidence ont été fructueuses. Une nouvelle impulsion a été donnée à ma pratique, élargissant mon champ d’exploration. »
